LAST EXIT

01 novembre 2020

Charlie, pourquoi ?

Le 11 janvier 2015, je publiais le logo Je ne suis pas Charlie sur ce blog même. Pourquoi ? Certainement pas parce que je cautionnais l’attentat, odieux, qui avait ôté la vie à tant de personnes.

Comme tout le monde, j’ai été saisie par l’horreur de la situation, comme tout le monde je me suis informée sur le drame, comme tout le monde j’ai eu besoin d’en parler, de dénoncer, de réprouver, de condamner ceux qui avaient ôté des vies de cette manière-là. Au fil des jours qui ont suivi, une déferlante de témoignages rendant hommage au journal m’ont alertée sur mon rapport personnel avec cet hebdomadaire que je ne lisais quasiment pas. Son achat de manière massive, par solidarité, a commencé à me chiffonner. Tout le monde cherchait désespérément LE numéro devenu incontournable, en l’affichant fièrement, avec ce sentiment d’appartenance interdisant tout questionnement objectif sur le sujet. Par la suite, une voisine assez âgée m’informa qu’elle s’était sentie un peu obligée de l’acheter elle aussi, histoire de participer au mouvement, pour finir par me chuchoter, l’air coupable, qu’elle le trouvait vulgaire.

Les #jesuisCharlie sur les réseaux sociaux avaient entre-temps rompu avec toute velléité d’interrogation sur le sujet. L’ensemble de la population était Charlie, point barre. De mon côté, je ne me sentais pas tout à fait à l’aise avec le slogan, dans le sens où je ne lisais pas le journal avant les attentats ; je me permis donc au détour de certaines conversations d’avancer le fait qu’on pouvait trouver l’attentat terrible sans forcément embrasser un #jesuisCharlie, lequel, à force d’être martelé, versait pour moi dans la sectarisation, voire dans cette propagande d’une pensée unique tant détournée pour notre plus grand bien, par des journalistes indéniablement talentueux.

Le 11 janvier, je n’avais jamais vu autant de monde dans les rues, une multitude de silhouettes marchant d’un même pas, avec le même visage, sur l’intégralité d’un même territoire. Ce silence mordant, ce recueillement uniforme, quasi religieux, ces milliers de personnes en communion ne laissaient place à aucun comportement d’interrogation en ce jour d’hommage, la sidération trônait et n’autorisait rien d’autre. Je fis le logo dans la foulée, au départ comme un réflexe défensif face à ce mur de tristesse interdisant toute critique, et du coup, ne me permettant pas de rendre hommage aux victimes comme je l’aurais voulu parce qu’on avait décidé pour toutes et tous comment pleurer, à quel moment, pourquoi, et surtout de ne pas poser de question. J’étais en colère.

Par la suite, et indépendamment des caricatures, j’ai réfléchi à la persistance de la diffusion de celles-ci, et tenté en vain de comprendre les motivations dont le mobile me semblait erroné, estimant que le problème était en train de muter vers un bras de fer qui ne demandait qu’à être entretenu des deux côtés d’un monde délibérément clos, et démuni de ses véritables raisons de sauvegarde de liberté d’expression pour l’un, et d’atteinte outrageante à une religion pour l’autre.

Les attentats de Charlie Hebdo sont devenus la clé de voûte permettant de laisser s’exprimer les haines les plus imbéciles, à mille lieues de ce qu’on décide encore aujourd’hui de qualifier pour les uns de liberté d’expression et pour les autres d’outrage. Pour ma part, la liberté d’expression doit avant tout servir une cause. Quitte à prendre des risques, autant que ce soit pour dénoncer des injustices, des exactions, des procédés ineptes, non pour divertir une opinion toute prête à basculer dans une stigmatisation primaire, sous l’étendard d’un « même pas peur » plus effronté que fondateur. Le « Ne pas céder » a fini par prendre toute la place entre ces deux pôles dédiés à l’entretien de la haine, servant d’engrais aux racines d’un mal ancré dans les consciences, et à l’idéologie pathologique que l’on connaît. Alors, pourquoi persister ?

On a sacralisé un journal dont le contenu a généré des morts, en balayant toute interrogation quant à la légitimité de ce contenu. De l’atrocité des actes a surgi une forme de totalitarisme public maudit par le journal lui-même. Le faux problème était posé. Ce même journal qui allait déposer le bilan, accompagné d’une longue suite de guerres intestines, ce même journal controversé, refusant les articles, ici, les acceptant là ; ce même journal, dans lequel beaucoup ne se retrouvaient pas, il était effacé.

Premier veto, on oppose à votre réflexion le fait que les morts n’ont plus les moyens de s’exprimer, donc on vous ordonne de vous abstenir, sous peine de ne pas respecter le repos éternel de ceux qui ont tant œuvré pour notre liberté. Bien sûr qu’on les respecte, mais les respecter c’est aussi nous accorder la part objective laissée définitivement en jachère par une opinion publique revancharde.

Second veto, il ne s’agit plus de lire ou non Charlie Hebdo, on nous impose de l’aimer comme symbole de la liberté d’expression, sous peine d’une levée de boucliers condamnant notre lâcheté, et notre statut monstrueux d’un #jenesuispas, forcément complice de la terreur. La pensée unique se scinde alors en une pensée atrocement binaire induisant d’emblée que si vous osez n’être pas Charlie vous serez forcément terroriste.

Aujourd’hui encore, toute critique est crevée dans l’œuf dès lors qu’on ose remettre en question ce symbole qu’on estime écorné par les multiples travestissements de la raison, obéissant avant tout à un traumatisme indépassable, et voulu comme tel par ceux-là mêmes qui brandissent haut la liberté de penser, transformée pour l’occasion en sésame de liberté d’expression, affichée fièrement par des dessins qui la revendiquent, avec une retentissante absence d’utilité. Que ne ferait-on pas au nom de cette liberté ? On serait même capable, en son nom, d’attiser les haines les plus refoulées en matière de racisme, choisissant même d’occulter formidablement le fait qu’elle a mué en provocation pour le plus grand bien de ceux qui la supportent, et permettant non seulement la survie médiatique, mais l’assentiment du plus grand nombre vers le rejet total d’une population dans cette course à l’absurde. Les chemins de la liberté sont décidément pavés d’obscures intentions, et le « c’est nous qui aurons le dernier mot », prêt à essuyer autant de morts qu’il le faudra, car la liberté d’expression, prétexte devenu un idéal, en vaut bien la peine.

>Cette fameuse phrase qu’on a tous entendue au moins une fois dans notre vie « Laisse tomber, montre-leur que tu vaux mieux qu’eux ! » ne fonctionne pas avec les caricatures, rien ne fonctionne. L’intelligence non plus. Les morts s’accumulent au rythme de la diffusion de dessins exécutés au nom d’une liberté d’expression travestie et manipulée à l’excès. On pleure les victimes, on leur consacre une minute de silence accompagnée d’un « Nous ne céderons pas ! », délesté de sa véritable raison, mais ce n’est pas grave. C’est étonnant de s’apercevoir, alors qu’on revendique un peu partout le droit au blasphème, on en interdit un autre, envers un organe médiatique sacralisé : oser n’être pas Charlie, plus que jamais sacrilège. Sacrilège, mais sacrilège le plus insupporté de cette triste histoire.

On attribue aux assaillants, dépassant rarement les 25 ans, d’être djihadistes et de tuer parce que Charlie maintient et signe au nom de la liberté d’expression. Pas un seul instant on ne se demande si ces terroristes n’ont pas saisi cette tentation d’exister au moment même de mourir. Sans que cela n’excuse d’aucune façon leurs actes, en revanche, voilà qui démolirait le prétexte de cette liberté d’expression pour entretenir le pire, alors on s’abstient parce qu’on ne veut pas choquer, pendant que toute la fange d’une dictature souterraine est en train de trouver son liant sous de nobles oripeaux, ou ce qu’on souhaite nous faire passer pour tels.

Aujourd’hui, nous sommes arrivés à un point culminant de deux forces vides, et un niveau de médiocrité dans les deux cas qui ne servira personne. Les #Jesuis naissent et meurent au pas cadencé du grand n’importe quoi, laissant entrevoir toute la vacuité de notre existence, et ce besoin forcené de trouver en Charlie ou ailleurs une noble cause à défendre, quitte à s’orner d’un fallacieux « Tous unis » déjà mort. De ce côté, c’est plié.

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31 octobre 2020

Misandrie ou la petite mort du féminisme

Il ne faut pas seulement détester les hommes pour être misandre, il faut aussi détester les femmes en leur offrant une remarquable parité dans la haine. Il faut savoir vanter haut la bêtise en rejetant tout ce qui relève du masculin, tout en pensant que la femme se trouverait grandie de cette amputation.

Pour être misandre, il faut décidément savoir bien haïr, de cette haine qui rase le sol. Ce n'est pas donné à tout le monde de croire qu'en écrasant du pied "Belle du Seigneur", "Les hauts de Hurlevent" ne s'en porteront que mieux.

Pour être misandre il faut redonner ses lettres de noblesse à la misogynie, s'autoriser la même déficience mentale en revendiquant le droit aux mêmes conséquences. Pour être misandre, il faut boycotter "Femmes, je vous aime" ainsi que proscrire toute délicatesse, cette dernière étant évidemment le signe d'une exigence masculine.

Pour être misandre, il faut bannir les talons et arborer fièrement ses poils, rouler des mécaniques en ayant les cheveux coupés ras. S'autoriser TOUT contre les hommes sous le prétexte qu'ils auront forcément toujours fait pire. Tenter donc d'égaler les phallocrates dans le nombre et dans la crétinerie, voire de les battre au poteau.

Non, décidément, j'aime bien trop la femme pour soutenir celles qui participent à réduire à néant des années de luttes féministes et homosexuel(le)s.

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01 mai 2020

Les "chamailleurs" résistent

 

Concernant certains évènements qu'Emmanuel Macron considère avec ce ton réducteur, comme "chamailleurs", lors de 1er Mai particulièrement sanglants, des hommes, des femmes, et même des enfants ont payé parfois de leur vie leurs revendications pour la dignité.

La fusillade de fourmies, 1891.

Le_petit_Parisien

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30 avril 2020

De la nécessité d'abolir les écoles de management

 

    Contrairement à ce qu'on pourrait penser, management, à la base, découle bien d'un mot français du XVe siècle, mesnager, signifiant Tenir en main les rênes d'un cheval, issu du latin manus agere, contrôler, manier, avoir en main. Voilà qui nous donne un avant-goût du rôle incombé à cette forme de gestion d'entreprise. Il existe une multitude de types de management, directif, participatif, persuasif, délégatif, tous destinés à atteindre les objectifs de l'entreprise. Si le terme est utilisé depuis les années 60 pour qualifier avec plus de simplicité, la gestion et la direction d'une entreprise, sa technique et son fonctionnement restent encore à peu près humain jusqu'à l'arrivée de petits nouveaux dans les années 2000, tel le lean management, sorti tout droit des usines Toyota du Japon, visant cette fois à une amélioration constante de ces objectifs à atteindre. C'est bien simple, plus massacreur de salariés vous ne pouvez pas faire, mais efficace au niveau des objectifs. Cette technique putasse va essaimer un peu partout, et contaminer de manière plus ou moins virile tous ses confrères. 

     La suite, ce n'est ni plus ni moins que l'histoire d'une machine à broyer, avec une formation au préalable présentée sous forme de cours, inculqués de manière qui se voudrait plus humaine, notamment depuis quelques années, par des professeurs en constante contradiction entre l'humain et l'objectif. On aura beau faire, et tenter de tirer les leçons des multiples dégâts générés par les écoles de management d'hier, pour vanter la réorientation considérée désormais éthiquement viable des nouvelles formes d'apprentissage d'aujourd'hui, dit aussi management agile, rien n'y fait, les burn-out, et autres dépressions sévères se ramassent à la pelle. Le management pyramidal est toujours bien présent mais de manière plus subtile, voilà tout.

     Que dire des opportunistes, lesquels par leur seule gouaille et/ou réseaux de connaissances parviendront au poste tant convoité de manager sans être passés par la case départ, l'école ? Ils franchiront un degré de plus dans l'apprentissage du pire. Le gagnant dans l'histoire c'est le labo d'où sort le xanax. Est-ce nécessaire de manager pour faire du chiffre ? C'est loin d'être sûr. Le problème, c'est le pouvoir.

     Les écoles de management sont avant tout un instrument d'apprentissage du pouvoir, et de sa faculté à l'utiliser, le modeler, et en abuser. Quand les objectifs deviennent un prétexte pour l'exercer, l'école ne remplit plus son rôle d'enseignement mais demeure au service d'un système de domination. Le public se scindera en deux catégories aussi minables l'une que l'autre, les plus dociles qui rêveront de bien faire, et appliqueront à la règle les enseignements arbitraires de leur chef, afin de briguer l'échelon de ce dernier, avec tout ce que cela compose comme rudiments nécessaires à l'exercice de l'écrasage du concurrent, et les autres, en l'occurrence les mêmes, à un chouia près qu'ils auront en eux cette petite graine de perversité qui ne demandera qu'à éclore une fois le poste pourvu. On devine la suite.

    On pourra bien travestir les cours en leur donnant une connotation décente, et appuyer sur la question du respect du salarié, parler de collaboration plutôt que de domination, d'organisation horizontale plutôt que de cette hiérarchie verticale, et éculée n'est-ce pas, de complicité plutôt que de subordination, rien n'y fera, parce que parvenir aux objectifs marchands d'une entreprise est avant tout rompre résolument avec toute question d'éthique, et le plus terrible, parce que le pouvoir n'a nul besoin d'objectifs à atteindre pour s'exercer.

    Il creuse son trou en vous et métastase à une vitesse vertigineuse, dès lors qu'on se le voit confier. Les écoles de management représentent ni plus ni moins qu'un nid douillet pour ceux qui en veulent. Autrement dit, là où le pouvoir pourra se nicher en toute sécurité en rationnalisant déjà la manne des candidats potentiels, en l'occurrence, chez toutes celles et ceux, non libérés de la reconnaissance, qui ne demanderont qu'à faire éclore ce qu'ils considèrent comme une réussite de carrière, dominer, exiger, mener, lors d'un futur poste dont on dira qu'il est à responsabilité, donc convoité, et au salaire encourageant, crucifiant toute empathie et toute éthique, au nom soit-disant d'objectifs à atteindre. L'école dans ce cas est contre-productive, en créant du stress, de l'anxiété, avec tout le florilège de maux que cela entraîne. Elle n'est tout simplement plus viable, et sa formation n'a plus de raison d'être, car le statut même de manager tel qu'il se définit actuellement n'a pas sa place dans une société décente.

 

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