Canalblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

LAST EXIT

Publicité
8 août 2021

Comment j'ai lu Nietzsche

Nietzsche_2

En écorchant son nom et maudissant les préfaces qui lui étaient dédiées. Je trouvais tout pompeux, sa renommée, ses admirateurs, ses détracteurs, et sa moustache exagérée me dégoûtait. À 20 ans, j'avais une image totalement déformée du philosophe, un buste imposant doté d'une tête peu commode surgissait devant mon imaginaire ultra fertile d'ignare, et la trop célèbre photo d'Hitler posant à côté de la sculpture n'engageait rien de bon, sinon penser du haut de mon ignorance que Nietzsche était un nazi, et que ça ne valait pas la peine qu'on en fasse tout un foin.

Je savais tout juste ce que signifiait le mot philosophie, et j'avoue que le peu de livres que j'avais ouvert concernant le sujet ne m'avaient guère donné envie de poursuivre.

La philo c'est du grand n'importe quoi pour une profane,, un jargon forcément réservé aux élites, un rejet des personnes ayant arrêté l'école bien avant que la matière ne s'applique dans leur trop court cursus scolaire, un domaine inaccessible au plus grand nombre, un uppercut reçu en pleine gueule par ceux qui ont eu le malheur de décrocher trop tôt, bref, une punition.

Pour moi, il y avait une réelle volonté de distance entre la philosophie et le peuple au même titre que l'opéra, la musique classique et l'art abstrait. Je n'avais pas suffisamment appris à penser pour comprendre cette violence symbolique dont Bourdieu alimentait ses livres, d'ailleurs je ne savais pas qui était Bourdieu. Le ce n'est pas pour nous, je n'arrêtais pas de le cracher dans un muet sursaut sans en connaître la raison, et sans jamais avoir entendu prononcé le nom de l'auteur de "La distinction", illustre inconnu dans le bataillon familial. Aussi, j'avais l'impression de trahir ma condition en m'intéressant, malgré tout à un domaine que j'estimais réservé à la classe bourgeoise.

J'aimais lire, et il est vrai que j'étais souvent poussée dans les librairie vers ce rayon convoité de la philo, et où j'avais néanmoins cette désagréable impression de n'avoir rien à y faire. Pendant longtemps il a été hors de question pour moi de saisir un livre de philosophie pour voir de quoi il en retournait. À 20 ans donc, j'avais quitté l'école depuis presque six ans, et dévoré néanmoins quantité de livres.

Après être tombée, comme on peut tomber en glissant sur une peau de banane, sur deux ou trois fragments de "Sur les cimes du désespoir" de Cioran, l'achat de cet opuscule, arraché enfin à ma frilosité de la discipline, fut un grand moment. Du haut de mon inculture, je le trouvais paradoxalement joyeux, et surtout compréhensible. J'ingurgitais dans la foulée TOUS les livres de l'auteur roumain, sans m'apercevoir alors que je venais de m'autoriser à aborder cet espace longtemps considéré comme réservé.

Cioran, comme tant d'autres, regorgeait d'allusion à Nietzsche, toutes plus séduisantes les unes que les autres, brisant cet aspect rébarbatif du philosophe à la protubérante moustache. Cependant, c'est avec une certaine appréhension que j'ai décidé d'aborder ses oeuvres, et aussi avec beaucoup de désorganisation, mais poussée inexorablement par l'envie d'apprendre.

Avant de littéralement chuter dans la joyeuse désespérance cioranaise et du haut de ma toute récente vie d'adulte, certes chaotique, je nourrissais une sorte de rejet universel du Savoir et de ses Savants, lesquels de mon modeste point de vue enchainé à ma toute aussi modeste condition, se rendaient volontairement abscons pour se protéger de l'ignorance des classes laborieuses qui n'avaient manifestement rien à leur apprendre. J'ai su d'ailleurs très vite que je ne pourrais pas compter sur les plus contemporains d'entre eux pour me montrer la voie. Cela demeure aujourd'hui encore, si la plupart des intellectuels refusent d'apprendre d'individus comme moi, ce qu'ils n'admettront jamais en théorie mais le prouveront à chaque instant dans la pratique, cela ne nous empêche en aucun cas de continuer d'apprendre d'eux.

Le fait est que la lecture de Cioran m'avait ouvert la voie interdite, et ça me plaisait. Je reluquais les livres de Nietzsche sans pour autant avoir suffisamment de confiance en moi pour me décider à m'en approprier un, et le faire trôner fièrement sur mon étagère à trois planches bancales, lesquelles, à l'époque, formaient des arches croulant sous le poids des pavés de Stephen King.

La première grosse erreur que j'ai commise est d'aborder Nietzsche par procuration j'ai envie de dire. Je me suis tout simplement sentie obligée de lire des biographies, histoire de me familiariser avec l'auteur. Inutile de dire que j'ai perdu un précieux temps à tenter d'ingérer les imbittables verbiages de sépcialistes Nietzschéens, tous plus ronflants et incompréhensibles les uns que les autres, et en contradiction permanente entre eux. Pas un ne voyait le moustachu de la même manière. Je comprendrais plus tard pourquoi.

La deuxième erreur a consisté à me sentir obligée, là encore, de tenter d'avaler les préfaces tout aussi pompeuses les unes que les autres, avant d'oser enfin aborder l'homme aux petites oreilles. J'ai perdu en gros cinq années, noyée dans des charabias multiples avec une incompréhension totale de l'univers Nietschéen, jusqu'à ce que je tombe sur "Aurore", ignorant la préface et qui m'a semblé d'une extraordinaire limpidité en comparaison de tous les propos pontifiants que j'avais lu sur celui dont la complexité de la pensée méritait qu'on s'y arrête sans pour autant embrouiller les concepts, ce que nombre d'intellectuels ont semble-t'il pris un certain plaisir à faire.

Suivirent tous les autres livres accompagnés bien souvent d'incompréhensions multiples, de décrochages incessants, et autres dérapages incontrôlés d'une pensée non-éduqué. Je ne dirais pas que j'ai compris Nietzsche, ce serait faux bien sûr. Je l'ai abordé sans filet, comme une funambule sur un fil avec le vide de chaque côté, vierge de tout parcours académique, sans culture préalable en philosophie. Je me suis contentée de le lire, si "Aurore" a été une révélation, "La naissance de la tragédie" m'a totalement échappée, que Dyonysos se prenne le chou avec Apollon, m'ayant laissée dans un marbre olympien pour le dire clairement.

Mon parcours scolaire a été des plus courts et des plus violents. Aussi, à l'heure où j'écris je ne possède toujours pas ces mécanismes qui permettent d'avoir une pensée éclairée sur tel philosophe ou tel autre mais le temps est de mon côté.

Après avoir quasiment tout lu de lui, je suis bien incapable de dire qu'elle est sa théorie et si d'ailleurs il en a une. Que prône t'il vraiment ? Que rejette-t'il ? Est-il si nihislite que ça ? Si incroyant ? Ces questions restent sans réponse complète et encore moins figée. Je n'intègre pas ces autodidactes qui sont capables d'avoir acquis sur le tard, je n'en ai pas les compétences. On peut rattrapper un wagon mais pas tout un train. Tantôt je lis Nietzsche et j'y vois tel homme avec telle pensée, tantôt je le lis et j'en vois un autre, avec une autre pensée.

Une chose est sûre, à des moments bien distincts ces propos me parlent comme jamais aucun autre ne pourrait le faire. Sa pensée me semble limpide à un moment T, pour mieux m'échapper par la suite. Le plus gratifiant étant encore d'ouvrir un de ses livres au hasard pour tomber sur un fragment retentissant de vérité, la sienne, celle qu'il décide de nous offrir, au gré de ces moments précieux, ou pas. Parfois je tombe à côté, mais je persiste, et je crois que connaître la pensée Nietzschéenne serait encore d'admettre que nous ne sommes pas en mesure de véritablement l'établir. Je ne peux m'empêcher de me dire que ce serait un bien bel hommage de lui accorder cette humilité de ne pas l'avoir compris tout-à-fait. Ma condition, pas seulement sociale mais cognitive, me le permet, amplement, et je l'accepte bien volontiers.

Publicité
1 novembre 2020

Charlie, pourquoi ?

Le 11 janvier 2015, je publiais le logo Je ne suis pas Charlie sur ce blog même. Pourquoi ? Certainement pas parce que je cautionnais l’attentat, odieux, qui avait ôté la vie à tant de personnes.

Comme tout le monde, j’ai été saisie par l’horreur de la situation, comme tout le monde je me suis informée sur le drame, comme tout le monde j’ai eu besoin d’en parler, de dénoncer, de réprouver, de condamner ceux qui avaient ôté des vies de cette manière-là. Au fil des jours qui ont suivi, une déferlante de témoignages rendant hommage au journal m’ont alertée sur mon rapport personnel avec cet hebdomadaire que je ne lisais quasiment pas. Son achat de manière massive, par solidarité, a commencé à me chiffonner. Tout le monde cherchait désespérément LE numéro devenu incontournable, en l’affichant fièrement, avec ce sentiment d’appartenance interdisant tout questionnement objectif sur le sujet. Par la suite, une voisine assez âgée m’informa qu’elle s’était sentie un peu obligée de l’acheter elle aussi, histoire de participer au mouvement, pour finir par me chuchoter, l’air coupable, qu’elle le trouvait vulgaire.

Les #jesuisCharlie sur les réseaux sociaux avaient entre-temps rompu avec toute velléité d’interrogation sur le sujet. L’ensemble de la population était Charlie, point barre. De mon côté, je ne me sentais pas tout à fait à l’aise avec le slogan, dans le sens où je ne lisais pas le journal avant les attentats ; je me permis donc au détour de certaines conversations d’avancer le fait qu’on pouvait trouver l’attentat terrible sans forcément embrasser un #jesuisCharlie, lequel, à force d’être martelé, versait pour moi dans la sectarisation, voire dans cette propagande d’une pensée unique tant détournée pour notre plus grand bien, par des journalistes indéniablement talentueux.

Le 11 janvier, je n’avais jamais vu autant de monde dans les rues, une multitude de silhouettes marchant d’un même pas, avec le même visage, sur l’intégralité d’un même territoire. Ce silence mordant, ce recueillement uniforme, quasi religieux, ces milliers de personnes en communion ne laissaient place à aucun comportement d’interrogation en ce jour d’hommage, la sidération trônait et n’autorisait rien d’autre. Je fis le logo dans la foulée, au départ comme un réflexe défensif face à ce mur de tristesse interdisant toute critique, et du coup, ne me permettant pas de rendre hommage aux victimes comme je l’aurais voulu parce qu’on avait décidé pour toutes et tous comment pleurer, à quel moment, pourquoi, et surtout de ne pas poser de question. J’étais en colère.

Par la suite, et indépendamment des caricatures, j’ai réfléchi à la persistance de la diffusion de celles-ci, et tenté en vain de comprendre les motivations dont le mobile me semblait erroné, estimant que le problème était en train de muter vers un bras de fer qui ne demandait qu’à être entretenu des deux côtés d’un monde délibérément clos, et démuni de ses véritables raisons de sauvegarde de liberté d’expression pour l’un, et d’atteinte outrageante à une religion pour l’autre.

Les attentats de Charlie Hebdo sont devenus la clé de voûte permettant de laisser s’exprimer les haines les plus imbéciles, à mille lieues de ce qu’on décide encore aujourd’hui de qualifier pour les uns de liberté d’expression et pour les autres d’outrage. Pour ma part, la liberté d’expression doit avant tout servir une cause. Quitte à prendre des risques, autant que ce soit pour dénoncer des injustices, des exactions, des procédés ineptes, non pour divertir une opinion toute prête à basculer dans une stigmatisation primaire, sous l’étendard d’un « même pas peur » plus effronté que fondateur. Le « Ne pas céder » a fini par prendre toute la place entre ces deux pôles dédiés à l’entretien de la haine, servant d’engrais aux racines d’un mal ancré dans les consciences, et à l’idéologie pathologique que l’on connaît. Alors, pourquoi persister ?

On a sacralisé un journal dont le contenu a généré des morts, en balayant toute interrogation quant à la légitimité de ce contenu. De l’atrocité des actes a surgi une forme de totalitarisme public maudit par le journal lui-même. Le faux problème était posé. Ce même journal qui allait déposer le bilan, accompagné d’une longue suite de guerres intestines, ce même journal controversé, refusant les articles, ici, les acceptant là ; ce même journal, dans lequel beaucoup ne se retrouvaient pas, il était effacé.

Premier veto, on oppose à votre réflexion le fait que les morts n’ont plus les moyens de s’exprimer, donc on vous ordonne de vous abstenir, sous peine de ne pas respecter le repos éternel de ceux qui ont tant œuvré pour notre liberté. Bien sûr qu’on les respecte, mais les respecter c’est aussi nous accorder la part objective laissée définitivement en jachère par une opinion publique revancharde.

Second veto, il ne s’agit plus de lire ou non Charlie Hebdo, on nous impose de l’aimer comme symbole de la liberté d’expression, sous peine d’une levée de boucliers condamnant notre lâcheté, et notre statut monstrueux d’un #jenesuispas, forcément complice de la terreur. La pensée unique se scinde alors en une pensée atrocement binaire induisant d’emblée que si vous osez n’être pas Charlie vous serez forcément terroriste.

Aujourd’hui encore, toute critique est crevée dans l’œuf dès lors qu’on ose remettre en question ce symbole qu’on estime écorné par les multiples travestissements de la raison, obéissant avant tout à un traumatisme indépassable, et voulu comme tel par ceux-là mêmes qui brandissent haut la liberté de penser, transformée pour l’occasion en sésame de liberté d’expression, affichée fièrement par des dessins qui la revendiquent, avec une retentissante absence d’utilité. Que ne ferait-on pas au nom de cette liberté ? On serait même capable, en son nom, d’attiser les haines les plus refoulées en matière de racisme, choisissant même d’occulter formidablement le fait qu’elle a mué en provocation pour le plus grand bien de ceux qui la supportent, et permettant non seulement la survie médiatique, mais l’assentiment du plus grand nombre vers le rejet total d’une population dans cette course à l’absurde. Les chemins de la liberté sont décidément pavés d’obscures intentions, et le « c’est nous qui aurons le dernier mot », prêt à essuyer autant de morts qu’il le faudra, car la liberté d’expression, prétexte devenu un idéal, en vaut bien la peine.

>Cette fameuse phrase qu’on a tous entendue au moins une fois dans notre vie « Laisse tomber, montre-leur que tu vaux mieux qu’eux ! » ne fonctionne pas avec les caricatures, rien ne fonctionne. L’intelligence non plus. Les morts s’accumulent au rythme de la diffusion de dessins exécutés au nom d’une liberté d’expression travestie et manipulée à l’excès. On pleure les victimes, on leur consacre une minute de silence accompagnée d’un « Nous ne céderons pas ! », délesté de sa véritable raison, mais ce n’est pas grave. C’est étonnant de s’apercevoir, alors qu’on revendique un peu partout le droit au blasphème, on en interdit un autre, envers un organe médiatique sacralisé : oser n’être pas Charlie, plus que jamais sacrilège. Sacrilège, mais sacrilège le plus insupporté de cette triste histoire.

On attribue aux assaillants, dépassant rarement les 25 ans, d’être djihadistes et de tuer parce que Charlie maintient et signe au nom de la liberté d’expression. Pas un seul instant on ne se demande si ces terroristes n’ont pas saisi cette tentation d’exister au moment même de mourir. Sans que cela n’excuse d’aucune façon leurs actes, en revanche, voilà qui démolirait le prétexte de cette liberté d’expression pour entretenir le pire, alors on s’abstient parce qu’on ne veut pas choquer, pendant que toute la fange d’une dictature souterraine est en train de trouver son liant sous de nobles oripeaux, ou ce qu’on souhaite nous faire passer pour tels.

Aujourd’hui, nous sommes arrivés à un point culminant de deux forces vides, et un niveau de médiocrité dans les deux cas qui ne servira personne. Les #Jesuis naissent et meurent au pas cadencé du grand n’importe quoi, laissant entrevoir toute la vacuité de notre existence, et ce besoin forcené de trouver en Charlie ou ailleurs une noble cause à défendre, quitte à s’orner d’un fallacieux « Tous unis » déjà mort. De ce côté, c’est plié.

31 octobre 2020

Misandrie ou la petite mort du féminisme

Il ne faut pas seulement détester les hommes pour être misandre, il faut aussi détester les femmes en leur offrant une remarquable parité dans la haine. Il faut savoir vanter haut la bêtise en rejetant tout ce qui relève du masculin, tout en pensant que la femme se trouverait grandie de cette amputation.

Pour être misandre, il faut décidément savoir bien haïr, de cette haine qui rase le sol. Ce n'est pas donné à tout le monde de croire qu'en écrasant du pied "Belle du Seigneur", "Les hauts de Hurlevent" ne s'en porteront que mieux.

Pour être misandre il faut redonner ses lettres de noblesse à la misogynie, s'autoriser la même déficience mentale en revendiquant le droit aux mêmes conséquences. Pour être misandre, il faut boycotter "Femmes, je vous aime" ainsi que proscrire toute délicatesse, cette dernière étant évidemment le signe d'une exigence masculine.

Pour être misandre, il faut bannir les talons et arborer fièrement ses poils, rouler des mécaniques en ayant les cheveux coupés ras. S'autoriser TOUT contre les hommes sous le prétexte qu'ils auront forcément toujours fait pire. Tenter donc d'égaler les phallocrates dans le nombre et dans la crétinerie, voire de les battre au poteau.

Non, décidément, j'aime bien trop la femme pour soutenir celles qui participent à réduire à néant des années de luttes féministes et homosexuel(le)s.

1 mai 2020

Les "chamailleurs" résistent

 

Concernant certains évènements qu'Emmanuel Macron considère avec ce ton réducteur, comme "chamailleurs", lors de 1er Mai particulièrement sanglants, des hommes, des femmes, et même des enfants ont payé parfois de leur vie leurs revendications pour la dignité.

La fusillade de fourmies, 1891.

Le_petit_Parisien

30 avril 2020

De la nécessité d'abolir les écoles de management

 

    Contrairement à ce qu'on pourrait penser, management, à la base, découle bien d'un mot français du XVe siècle, mesnager, signifiant Tenir en main les rênes d'un cheval, issu du latin manus agere, contrôler, manier, avoir en main. Voilà qui nous donne un avant-goût du rôle incombé à cette forme de gestion d'entreprise. Il existe une multitude de types de management, directif, participatif, persuasif, délégatif, tous destinés à atteindre les objectifs de l'entreprise. Si le terme est utilisé depuis les années 60 pour qualifier avec plus de simplicité, la gestion et la direction d'une entreprise, sa technique et son fonctionnement restent encore à peu près humain jusqu'à l'arrivée de petits nouveaux dans les années 2000, tel le lean management, sorti tout droit des usines Toyota du Japon, visant cette fois à une amélioration constante de ces objectifs à atteindre. C'est bien simple, plus massacreur de salariés vous ne pouvez pas faire, mais efficace au niveau des objectifs. Cette technique putasse va essaimer un peu partout, et contaminer de manière plus ou moins virile tous ses confrères. 

     La suite, ce n'est ni plus ni moins que l'histoire d'une machine à broyer, avec une formation au préalable présentée sous forme de cours, inculqués de manière qui se voudrait plus humaine, notamment depuis quelques années, par des professeurs en constante contradiction entre l'humain et l'objectif. On aura beau faire, et tenter de tirer les leçons des multiples dégâts générés par les écoles de management d'hier, pour vanter la réorientation considérée désormais éthiquement viable des nouvelles formes d'apprentissage d'aujourd'hui, dit aussi management agile, rien n'y fait, les burn-out, et autres dépressions sévères se ramassent à la pelle. Le management pyramidal est toujours bien présent mais de manière plus subtile, voilà tout.

     Que dire des opportunistes, lesquels par leur seule gouaille et/ou réseaux de connaissances parviendront au poste tant convoité de manager sans être passés par la case départ, l'école ? Ils franchiront un degré de plus dans l'apprentissage du pire. Le gagnant dans l'histoire c'est le labo d'où sort le xanax. Est-ce nécessaire de manager pour faire du chiffre ? C'est loin d'être sûr. Le problème, c'est le pouvoir.

     Les écoles de management sont avant tout un instrument d'apprentissage du pouvoir, et de sa faculté à l'utiliser, le modeler, et en abuser. Quand les objectifs deviennent un prétexte pour l'exercer, l'école ne remplit plus son rôle d'enseignement mais demeure au service d'un système de domination. Le public se scindera en deux catégories aussi minables l'une que l'autre, les plus dociles qui rêveront de bien faire, et appliqueront à la règle les enseignements arbitraires de leur chef, afin de briguer l'échelon de ce dernier, avec tout ce que cela compose comme rudiments nécessaires à l'exercice de l'écrasage du concurrent, et les autres, en l'occurrence les mêmes, à un chouia près qu'ils auront en eux cette petite graine de perversité qui ne demandera qu'à éclore une fois le poste pourvu. On devine la suite.

    On pourra bien travestir les cours en leur donnant une connotation décente, et appuyer sur la question du respect du salarié, parler de collaboration plutôt que de domination, d'organisation horizontale plutôt que de cette hiérarchie verticale, et éculée n'est-ce pas, de complicité plutôt que de subordination, rien n'y fera, parce que parvenir aux objectifs marchands d'une entreprise est avant tout rompre résolument avec toute question d'éthique, et le plus terrible, parce que le pouvoir n'a nul besoin d'objectifs à atteindre pour s'exercer.

    Il creuse son trou en vous et métastase à une vitesse vertigineuse, dès lors qu'on se le voit confier. Les écoles de management représentent ni plus ni moins qu'un nid douillet pour ceux qui en veulent. Autrement dit, là où le pouvoir pourra se nicher en toute sécurité en rationnalisant déjà la manne des candidats potentiels, en l'occurrence, chez toutes celles et ceux, non libérés de la reconnaissance, qui ne demanderont qu'à faire éclore ce qu'ils considèrent comme une réussite de carrière, dominer, exiger, mener, lors d'un futur poste dont on dira qu'il est à responsabilité, donc convoité, et au salaire encourageant, crucifiant toute empathie et toute éthique, au nom soit-disant d'objectifs à atteindre. L'école dans ce cas est contre-productive, en créant du stress, de l'anxiété, avec tout le florilège de maux que cela entraîne. Elle n'est tout simplement plus viable, et sa formation n'a plus de raison d'être, car le statut même de manager tel qu'il se définit actuellement n'a pas sa place dans une société décente.

 

Publicité
27 avril 2020

Un livre un jour, encore

 

L-infinie-comedie

     Ce n'est pas un livre qu'on peut emmener partout, parce qu'il pèse à peu près le poids d'une brique. C'est un livre qui ne répond à aucun critère littéraire, dans le sens où il n'a ni vraiment de début, de développement, et de fin. C'est un livre qui pourrait ne jamais se clore et se lire à l'infini. C'est un livre qui manque, une fois tournée la dernière page, avec ce sentiment d'être orphelin d'une pathologie qui nous a échappée. Ce n'est pas un livre qui tient en haleine, ni un livre qu'on a envie de terminer. C'est un livre sur lequel chaque critique littéraire s'est cassé les dents en tentant de le résumer. L'infinie comédie ne se critique pas ni ne se résume donc. Il faut le lire pour comprendre qu'il ne se comprend pas comme la littérature voudrait nous le faire comprendre. Le mieux est encore de le lire.

 

15 avril 2020

Pierre Bourdieu, concis sur BHL mais efficace

Pour toutes celles et ceux qui oseraient encore...

7 avril 2020

La nuit des masques

masques-de-chirurgie

Essai2

 

31 octobre 2019

Réforme du chômage

La machine à broyer est En Marche. Enfin, sa Macronie va pouvoir châtier ses esclaves aussi sûrement qu’elle le ferait avec un bon fouet.

Depuis le temps que ça la démange !

Ces salopards de feignasses vont se remuer le cul, aller au turbin quoi qu’il leur en coûte, et ainsi satisfaire les besoins dispendieux d’une poignée de goinfres !

images

5 octobre 2019

Nous y voilà !

[...] D'ici une génération, je crois que les dirigeants du monde découvriront que le conditionnement des enfants et la narcohypnose sont des instruments de gouvernement plus efficaces que les matraques et les prisons ; et que le goût du pouvoir peut être tout aussi bien satisfait en amenant, par la suggestion, les gens à aimer leur servitude, plutôt qu'en les contraignant à obéir à coups de pied ou de fouet. [...]


Aldous Huxley à Georges Orwell, 21 octobre 1949.

ob_0ed248_orwell-huxley


On imagine cependant que les quelques résistants aux traitements subiront le même sort que Winston... C'est déjà le cas, jusqu'au complet conditionnement.

Publicité
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>






Publicité

Manipulation

Livres

Livres

Publicité

Béacanal

Musique

Archives
Publicité